Cette fosse que l'on appelle Saint Quentin aujourd'hui a porté différents noms à travers son histoire et rares furent les ouvriers qui l'appelèrent Saint Quentin. Nous allons voir pourquoi. A l'origine, cette fosse s'appelaient la Hallevoye. C'est Charles d'Ambraine, receveur du grenier à sel d'Aubenton qui exploite alors cette ardoisière pour 40 ans, propriété des seigneurs de Rimogne et du Châtelet. Après D'Ambraine, c'est Jean Baptiste Collard de Boutancourt qui prend le relais en 1702. De 1760 à 1770, elle devient la Fosse Huart et concurrence la Grande Fosse que venait de louer Jean Louis Rousseau. Elle s'est appelée Saint Quentin car ses exploitants en étaient originaires. La Fosse fut conduite par plusieurs personnes. En 1776, Pillon s'allie à Bruslé, Dagneau et Cochart et en 1785, l'ardoisière produit 4500000 ardoises produites alors par 35 ouvriers.
A la périphérie de Saint Quentin fut ouverte la fosse Desbrulis qui fut vite absorbée par Saint Quentin. Lorsque la Compagnie des Ardoisières de Rimogne est fondée en 1831, Saint Quentin en fait partie. En 1843, on fore un puits de 120 mètres pour le passage de la pierre dans les barils. La gravure ci-contre montre la baraque des fendeurs à Saint Quentin en 1867. Léon Voisin indique que vers la fin du XIXème siècle, Saint Quentin est la fosse la plus importante de Rimogne. Peu à peu Saint Quentin décline pour être abandonnée à la fin de la Première Guerre mondiale.
  
Lorsqu'il a été décidé de remettre la fosse Saint Quentin en exploitation, les mines étaient abandonnées depuis une quarantaine d'années. Il a fallu casser le plateau qui bloquait l'entrée de la mine et qui était tombé dans le puits. A coups de barre à mines, Noël Mangeot, tenu par des camarades, a réussi à le faire tomber au fond de la fosse. M. Grimont m'a raconté une anecdote sur ce jour-là, il y était en effet présent. M. Ferdinand Cochard dit "Dinand" passait à proximité de la fosse et demanda ce qu'ils étaient entrain de faire. Les ardoisiers de répondre "On va dénoyer Saint Quentin". Le vieil ardoisier se serait alors écrié "Mes pauvres enfants, vous ne sortirez rien de là-dedans!". Cette phrase, on se rendra compte de son sens quelques années plus tard...
Les travaux de réouverture de Saint Quentin devaient augurer d'un renouveau de l'exploitation de cette fosse qui était exploitée depuis des siècles. Le chevalement en était un des symboles. Cette étrange construction métallique n'est rien d'autre qu'un ascenseur qui permettait aux mineurs de descendre par groupe de douze à 90 mètres de profondeur dans un puits qui en fait 120. Cet ascenseur facilitait également la remontée des wagons chargés d'ardoise. L'inauguration a eu lieu le 4 Décembre 1961. Ce sont les entreprises Venot à Onnaing, entreprises situées dans le Nord, qui ont réalisé l'ouvrage. La journée a commencé à 9h30 par l'arrivée de Monseigneur Marty, archevêque de Reims par M. Saintpère, Président de la Confrérie Sainte Barbe, ainsi que les invités.
La messe a été célébrée en l'église Saint Brice, puis un cortège formé par l'harmonie et la foule précédée par la statue de Sainte Barbe portée par quatre ardoisiers s'est retrouvé sur le lieu de l'inauguration. L'article de journal rapporte une partie du discours d'Alfred Derancourt, directeur honoraires des ardoisières "La Sainte Barbe 1961 restera un jour faste pour les ardoisières de Rimogne et ceux qui y travaillent. La reconstruction ultra moderne de ce puits est la preuve de la vitalité des ardoisières, de nouvelles possibilités de travail s'ouvrent pour le bien être de tous". Selon Mgr Marty, l'ouverture du Puits a donné une "espérance nouvelle pour la prospérité" de Rimogne. Les festivités se sont poursuivies par un arrêt devant la plaque dédiée aux ardoisiers tombés au champ d'honneur. La journée s'est terminée par un banquet organisé par M. Parizot d'Hirson et un bal.
 
L'article de journal paru à cette occasion et que m'a communiqué Jean-Claude Leclère que je remercie, nous dresse une liste des personnalités présentes ce jour-là :
M. Le Comte Edouard De Bruce, Président des Ardoisières, M. Le Comte Henri De Berthier, Gérant des Ardoisières, M. Jacques de la Granville, M. Alfred Derancourt, Directeur Honoraire des Ardoisières, M. Antoine Flayeux, Directeur des Ardoisières, M. Saintpère, Président de la Confrérie Sainte Barbe, M. Petit René, Maire de Rimogne, M. Loeillet, Maréchal des Logis-chef de la Gendarmerie, Une délégation des pompiers conduite par leur adjudant, M. Delepine, Ingénieur des Mines, Maîtres Pierre et Michel Graftiaux, notaires à Maubert-Fontaine, Monseigneur Marty, Archevêque de Reims, M. l'Archiprêtre de Rocroi, M. le Doyen de Renwez, de Montois, M. le Chanoine Chemin, M. l'Abbé Maréchal, M. l'Abbé Ledoux.
Aujourd'hui, le chevalement se dresse encore à son emplacement, comme s'il attendait qu'un jour on s'intéresse de nouveau à lui. Vestige qui semble toujours attendre les ardoisiers qui lui donnaient alors toute son importance. Envahi par la végétation, le périmètre de l'ardoisière a été défriché en 2006. Ayant échappées tant bien que mal aux outrages du temps, les installations situées près du chevalement ont été ruinées par l'inconscience de deux jeunes qui y ont mis le feu. Vous trouverez ci-dessous des photos des bâtiments avant et après le sinistre qui est un vrai crime à la mémoire des ardoisiers.   
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