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Risquetout

Comme Léon Voisin l'indique dans son ouvrage Les Ardoisières de l'Ardenne, l'ardoisière de Risquetout a commencée à être mise en route au XVIIIème siècle. Sa position éloignée et reculée du village a sans doute fait que son exploitation s'est arrêtée. Reprise entre 1825 et 1833 par Bonna et Lairé, puis jusqu'en 1841, il faudra attendre 1902 pour que cette ardoisière attire de nouveau l'attention.

Licenciés pendant la grève de 1901, certains ardoisiers ont formé une coopérative à laquelle on devra la résurrection de l'ardoisière de Risquetout. Henri Rieux en est le Directeur, Alphonse Drouin puis Cazareth en deviennent les présidents. Sous l'impulsion de Gaétan Albert-Poulain, député des Ardennes, une société anonyme à capital variable L'Association ouvrière des Ardoisières de Rimogne est fondée le 23 décembre 1902. Albert-Poulain vient d'Angers, autre pays de l'ardoise. Le capital se monte à 20.330 francs. Ce capital est formé grâce aux actions que les ouvriers ont dans l'ardoisière, 414 actions à 30 francs chacune. Je ne sais pas d'où vient le reste de l'apport.

Une concession provisoire est accordée par le Préfet des Ardennes le 27 janvier 1902, elle devient définitive le 28 juillet 1902. Les droits sur cette concession leur sont accordés par M. Dié qui en a les droits à l'époque pour quatre vingt dix neuf ans. La concession a une superficie d'un hectare et les tréfonds en font 20 aux numéros 1 et 2 du triage d'Harcy.

L'Ardoisière ouvrière de Risquetout doit reverser le montant de la valeur du 40ème de la pierre retirée de l'ardoisière. Il faut rajouter à cela 1000 francs que M. Dié a avancé pour la mise en route de la concession. Restait alors aux ouvriers à se mettre au travail. On pourrait se demander comment l'ardoisière est composée. Formée par deux couches dont la première mesure 34 mètres d'épaisseur et qui mesurent 500 mètres de long et 400 mètres de large, l'ardoisière de Risquetout offrait de grandes chances de succès.

Un aspect pouvait néanmoins géner l'évolution de l'ardoisière : la distance. C'est pourquoi une route de 1800 mètres a été construite pour relier l'ardoisière au réseau routier existant. Si les ardoisiers des autres fosses de Rimogne étaient pour ainsi dire sur leur lieu de travail, ceux qui travaillaient à Risquetout avaient à parcourir un long chemin, à pied ou en vélo, pour aller travailler.

Les débuts de l'ardoisière de Risquetout ont été laborieux. Non pas pour l'ardoise en elle-même mais pour les ardoisiers. En effet, pour s'acquitter de leur souscription en actions, ils ont dû fournir du travail gratuit en contrepartie. L'heure de travail étant payée 30 centimes, on peut s'imaginer le volume horaire gigantesque qu'ils ont dû fournir. Pour une action de 30 francs souscrite, l'ardoisier devait fournir 100 heures de travail ! Avec 414 actions mise sur le marché, il est à douter que chaque ardoisier n'ait souscrit qu'une seule action. Il en résulte une pauvreté que l'on peut s'imaginer. Henri Manceau indique par ailleurs dans son ouvrage Les Luttes ouvrières, que ces ouvriers étaient 6 mois sans gagner un sou et que leurs camarades de la Compagnie leur sont venus en aide.

Renommée Association ouvrière des Ardoisières de Harcy-Rimogne, son inauguration a lieu le 7 juin 1903. Trois ouvriers commencent à mettre l'ardoisière en route. Voyons à présent comment les travaux ont débutés. Le commencement de ces derniers a été facilité par le fait que l'ardoisière avait déjà été exploitée sur 25 mètres, ce qui a évité de débourser 25000 francs. Le travail a tout d'abord été effectué dans les anciens ouvrages à 92 et à 113 mètres d'où les ouvriers ont débité 150000 ardoises. Un fendeur débite en moyenne 500 ardoises par jour.

On décide alors en 1903 d'ouvrir un nouvel ouvrage noté n°4 sur le schéma ci-contre. On en tira 503400 ardoises en 1904. Parallèlement, on ouvre un nouvel ouvrage, le n°6, situé à 145 mètres de profondeur. Avec l'ouvrage n°4, on en tire 1.099.500 ardoises en 1903, ce qui est considérable. En 1906 un nouvel ouvrage est ouvert à 165 mètres de profondeur. Un bilan fait le 30 septembre 1906 montre que depuis la mise en ouvrage de l'ardoisière, 1.261.900 ardoises ont été sorties. Il en reste énormément puisqu'une estimation faite avant la reprise de l'ardoisière indique que le potentiel d'ardoises à sortir se monte à 12.240.000.000 ! Donc avec un rapide calcul et en prenant par exemple pour base un chiffre de 19.500.000 (ce chiffre est le chiffre estimé par la commission) comme référence, on peut estimer qu'il y avait du travail pour 627 ans ! ( à l'état des méthodes du moment).

Parlons à présent des méthodes de travail. Le travail s'effectue par double brigade. 71 ardoisiers travaillent à Risquetout. L'ouvrage n°4 sur le schéma emploie le plus de personnes. Deux brigades y travaillent en effet. On pourrait se demander comment était formée une brigade. Une brigade du fond se compose alors de 8 abatteurs, 2 rouleurs, et à la surface 32 fendeurs. Le nombre d'ardoisiers travaillant donc à l'ouvrage n°4 se monte à 52, soit 73% des effectifs !

Et qu'en est-il des bâtiments ? L'ardoisière de Risquetout comportait 3 bâtiments : un pour les fendeurs, un pour les installations motrices et un pour l'ajustage. Comme installations motrices, on peut parler de générateurs, de machines à vapeurs et toute l'installation avec le treuil. Pour la locomotion, on peut voir sur la carte postale en haut de cette page que des chevaux étaient employés. Ils était au nombre de 3, complétés par 3 voitures. Les bureaux et les écuries se trouvent à Harcy.

Quelle sorte d'ardoise produisait Risquetout ? Une petite ballade sur le terrain nous montre que l'ardoise était de la grenue. La photo ci-contre vous montre un échantillon rapporté du site. L'ardoise grenue a une durée de vie supérieure aux autres ardoises de 1/5ème et permet de réaliser de grands modèles. La composition principale de l'ardoise de Risquetout est de 59% de silice 7% d'alumine et 26% de fer en peroxide.

L'ardoisière de Risquetout a rapidement connu les problèmes, notamment des problèmes financiers. Il a fallu remettre les choses à plat. Un des problèmes récurrent est celui dont nous avons déjà parlé : le paiement des salaires. Le manque de moyens techniques ont vite empêché une exploitation optimale de l'ardoisière. C'est pourquoi une commission a préconisé plusieurs choses afin de développer l'activité et la péréniser. Tout d'abord il fallait créer un poste d'ingénieur de l'ardoisière ainsi qu'un poste de comptable. Cela reflète la mauvaise gestion d'alors. Ensuite il a été préconisé de mettre plus d'ouvrage en exploitation en comparaison au faible nombre qui étaient alors exploités. L'agrandissement des bâtiments pour les fendeurs et la mise en place d'un système hydraulique pour remplacer le système vapeur sont également au coeur de ces recommandations. Il se trouve en effet à proximité de l'ardoisière un cours d'eau pouvant fournir 40 chevaux. Encore une fois, l'enclavement de l'ardoisière lui porte préjudices. Il est en effet à noter que les ardoises une fois prêtes à la vente doivent être transportées jusqu'à la gare pour pouvoir être expédiées. Mais comment faire parvenir des tonnes d'ardoises jusque la gare alors qu'il n'y a aucun accès ferroviaire à Risquetout ? C'est pourquoi l'établissement d'une ligne ferroviaire de 1,7 kilomètres s'est révélé nécessaire. Tous ces travaux représentent alors une dépense de 200.000 francs. Il serait top fastidieux d'entrer dans les détails financiers mais l'émission d'actions pour couvrir ces dépenses a été pensée.

  Abatteurs 5.50 francs
  Rouleurs 5 francs
  Fendeurs 5 francs
     

Les salaires des ardoisiers ont donc été un problème récurent. Voyons à quoi correspondaient alors ces rémunérations. Le tableau ci-contre montre les rémunérations par ouvrier et par jour. Nous avons déjà fait le décompte des ouvriers, il ne nous reste plus qu'à les multiplier par les 5 ouvrages qui ont été ensuite en exploitation. Au vu de leurs rémunérations, on arrive à un total de 14.740 francs. A l'année, on arrive à un total de 383.240 francs.

Risquetout s'endette pourtant de plus en plus. La qualité du gisement était extraordinaire mais le succès n'a pas été au rendez-vous. L'ardoisière ferme en 1908. Réouverte sous le nom d'Ardoisière Ardennaise, elle referme en janvier 1911. En 1914, elle est noyée. Léon Voisin indique le liquidateur est Loth et ce dernier cède ses droits à Champion en 1922. Ainsi fut la fin de cette belle histoire qu'a été l'ardoisière de Risquetout. Je tiens à remecier Loïc Gagneux pour m'avoir communiqué une notice sur l'ardoisière de Risquetout datant de 1907.

Il ne reste aujourd'hui plus grand chose de l'ardoisière de Risquetout. Si l'on si promène, le wagon qui s'y trouvait encore a été retiré. On peut encore retrouver quelques barre de fer, des fondations, des blocs de pierre et bien sûr un verdou, seuls vestiges de l'activité qu'il y a eu ici. Cet état n'est pas récent, après la fermeture de Risquetout, il ne s'est pas écoulé beaucoup d'années pour que tout disparaisse.

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