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Les familles Lens et Sinniger

Voici un texte rédigé par M. Daniel Rollin que je remercie sur les familles Lens et Sinniger.

Les familles LENS et SINNIGER
Après l'armistice du 11 Novembre 1918, notre père, Philippe Rollin, travaillait comme chauffeur dans une entreprise temporaire de camionnage : "Les Régions libérées", basée, dans les Ardennes, à Charleville. Elle avait été crée, par le gouvernement, pour pallier au manque de transports, ravitailler les départements frontaliers jusqu'à la réparation des destructions causées par la guerre, et la reprise d'une vie normale. Notre père effectuait les livraisons dans les commerces de Rimogne et des environs. Après la fin de cette entreprise, il devient chauffeur-livreur du commerce de vin en gros du n° 2, rue de la gare, (tenu par alors par Mr Fluzin, qui sera remplacé par Mr Bertus en 1924).
Notre père devient ensuite, en 1923, le chauffeur particulier de Mr et Mme Louis LENS, propriétaires des "Emaux de Rimogne", qui habitaient déjà la maison actuelle, bordée d'un côté par la pharmacie, et de l'autre par les jardins des gendarmes, (rachetés après la guerre par Philippe SINNIGER), le parc se prolongant jusqu'à la rue de l'église, prés de la maison du docteur).
Le rétablissement, puis la croissance ultérieure de la production des Emaux, amènera Mr Lens à créer une nouvelle usine, à Gembloux prés de Namur, (supprimant ainsi les droits de douane pour la clientèle belge). Il achètera également un appartement à Bruxelles, ce qui va amener de nombreux déplacements Ardennes-Belgique.
Leur fille et leur gendre : Mr et Mme Henri Emile SINNIGER, habitaient pour leur part, avec leurs enfants, la maison qui a été bombardée et détruite le 10 mai 1940, en face de la place de la République. Le parc s'étendait jusqu'à la rue de la gare, avec le tennis face au n° 2 (commerce de vin). Chaque famille avait son personnel complet de maison : cuisinière, femme de chambre, jardinier, chauffeur, (et une préceptrice pour les 4 fils Sinniger) .
Mr Henri Sinniger participait à la direction de l'usine jusqu'au départ de la famille, nécessité par la poursuite des études de leurs enfants. Ils allaient d'abord habiter à Charleville, (pour le lycée), puis partent quelques années plus tard habiter Versailles. Et pendant ces années, l'état de santé de Mr Sinniger se détériorait. Mais ils avaient conservé leur maison, presque vide, de Rimogne !
Mr et Mme Lens, toujours dans leur maison, allaient à Vichy chaque année passer les mois d'été, entrecoupés par quelques retours de Mr Lens à Rimogne. La déclaration de guerre du 3 septembre 1939 les surprennent, et ils décident de rester dans l'Allier. La maison .Sinniger vide est réquisitionnée par l'armée pour y installer l'état-major de la division d'infanterie stationnée à Rimogne et aux alentours , et quelques uns des officiers logent dans la maison de Mr Lens,
Celui-ci revient régulièrement, car l'usine continue sa production, mais au ralenti. Il revient pour la dernière fois dans les premiers jours de mai 40, et repart en donnant à notre père la consigne de transporter à Vichy, en cas d'attaque, des caisses de documents concernant les Emaux (ce transport facilitera beaucoup, quelques jours plus tard, l'exode de notre.famille dans l'Allier !).
Après le bombardement du 10 mai et l'exode des jours suivants, l'arrêt de la production est total (ainsi que celle des Ardoisières). La reprise est tentée en automne, après le retour d'une partie de la population. Mais les contraintes de la « zone interdite », le manque de matières premières, et les difficultés pour correspondre avec Vichy, imposeront de nouveau l'arrêt de l'usine jusqu'en 1945.
Mr Louis LENS étant décédé à Vichy en 1941, Mme Lens rentre à Rimogne en 1945, accompagnée de l'aîné de ses 4 petits-enfants : Philippe SINNIGER qui va loger avec elle, et reprendre la direction de l'usine de Rimogne, tandis que le second petit-fils : Jacques, va diriger celle de Gembloux, en Belgique.
En 1945, l'activité des Emaux reprend, mais toujours au ralenti pendant plusieurs années, à cause de la pénurie de matières premières, et de l'insuffisances des livraisons de charbon et de mazout, aggravées par les coupures d'electricité un jour par semaine décrétées par E.D.F.
Aussi, en 1946-47, le tonnage maximal dépoudre d'émail produit atteint à peine 15 à 18 tonnes par semaine, et les ouvriers sont moins d'une trentaine (voir l'annexe sur la fabrication de l'émail). En 1950, la production stimulée par la la fin des restrictions et la reconstruction, atteint en moyenne 40 tonnes par semaine ; et atteindra au maximum 80 tonnes par semaine quelques années plus tard, grâce à la forte demande d'appareils ménagers (cuisinières, poêles, ustensiles de cuisines, etc. ) auprès des usines d'émaillage .
Puis l'activité va décroître les années suivantes et les commandes diminuent Aussi c'est en 1973, la fermeture de l'usine, et la fin des Emaux de Rimogne.

Rollin Daniel, "Le Pays d'où je viens"

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