Dès le placardage des avis de mobilisation, tous les ardoisiers de Rimogne (comme ceux de Fumay d'ailleurs) ont été réquisitionnés pour partir travailler dans les mines de charbon. Les hommes sont partis les premiers, ils avaient des chambres mises à leur disposition. Une fois qu'ils avaient trouvé un logement pour leurs familles, ils les ont faites venir. Le voyage des familles d'ardoisiers s'est donc organisé. Munies du strict nécessaire, ces familles disposaient de trains spéciaux à raison d'un wagon pour deux ménages, destination la gare de l'Est de Paris. Des réquisitions matérielles ont lieu comme pour M. Bertus, le marchand de vins, qui a dû céder son camion Saurer de 3 tonnes
A la déclaration de guerre, la maison des Rifflart, industriels des Emaux, située au 43 rue Pasteur avait été réquisitionnée par l'armée pour servir de local à un état major médical. Arrive l'été et malheureusement, les bombardements aussi. Nous sommes le 10 mai 1940. Les axes de communication deviennent vitaux. Les soldats de la Luftwaffe à bord de leurs appareils piquent sur la route nationale et la bombardent de tout son long. La maison des Rifflart est soufflée, il en est de même pour le la maison de Monchy et les bâtiments des ardoisières et cela jusque la gare. L'arbre planté devant la maison de Monchy est coupé net et s'abbat sur la route. La maison des Sinniger située rue Pasteur est totalement détruite et la maison de la famille Booms est également touchée par les bombardements. Les stukas volent si bas que des témoins affirment que les croix situées sous les ailes étaient bien visibles.
On pourrait
se dire que les dégâts matériaux ne sont pas graves mais il y eu plusieurs victimes civiles lors de ces bombardements. Il y eut tout d'abord deux jeunes filles : Lucie Mercier et Françoise Jeantet. La première âgée de 11 ans, Lucie se promenait du côté de la rue de la Gare accompagnée de Françoise qui était fille de gendarme. Le troupeau de vaches de M. Huart se trouvait à proximité. Soudain, les bombes tombent et tuent les deux jeunes filles. Le sort a également frappé la famille Booms. En effet, la plus petite des enfants âgée de trois ans est gravement blessée et ne survivra malheureusement à son transport en ambulance et décédera à Aubigny-les-Pothées. Elle sera rapatriée à Rimogne quelques années plus tard. M. Gabriel Grimont m'a confié une anecdote que je vais vous livrer. Lors du bombardement, les vaches de M. Huart n'ont pas été toutes tuées, certaines ont été blessées. Ces blessures les faisaient agoniser, un soldat présent voulait les achever et leur tirait dans le front avec son pistolet, ce qui bien sûr les achevait pas. Une femme est passée par là et lui a crié qu'il fallait les tuer en tirant dans l'oreille pour les tuer net.
Le temps passe, nous voilà en 1943. Beaucoup d'ardoisiers sont revenus à
Rimogne. Autour d'eux tout n'était que
désolation, les bombardements avaient apporté leur lot de destruction. A la gare de Rimogne, il y avait alors quatre trains par jour. Un Feldwebel contrôlait les productions de matières premières à Rimogne. Installé au château de l'Enclos et surnommé Prosper, ce dernier faisait travailler les hommes disponibles dans les cultures de pommes de terre ou de blé. Deux postes d'observation étaient installés à Rimogne : un à la Poule Noire, l'autre dans le clocher de l'Eglise. Comme partout en France, les cartes de rationnement régulaient le quotidien. A noter que les ardoisiers avaient une ration un peu plus importante mais qui hélas restait insuffisante. Les rations étant insuffisantes, la contrebande n'était pas rare. Perdre sa carte m'était également les familles dans le besoin. Citons par exemple que M. Rieux-Roger ou Parent-Rieux ont perdu leurs cartes d'alimentation le 18 juin 1944. Vous trouverez ci-contre la carte de vêtements et d'articles textiles de Thiercelet Roseline. Vous pourrez voir à l'intérieur que le cordonnier est M. Mercier.
Je vous propose de lire plusieurs témoignages de M. Daniel Rollin sur cette période troublée de la Seconde Guerre mondiale :
Le bombardement du 10 mai 1940
L'exode des Rimognats
Les années de restriction 1940-1945
La WOL (ou Ostland)
Des manifestations de solidarité se déroulent quelques fois. Soulignons par exemple le déjeuner organisé en février 1944 par M. Renard, boucher et Mme Jadoul, débitante pour trente enfants de prisonniers. On peut lire dans le journal que "le repas fut copieux et la joie se lisait aussi bien sur les visages des enfants satisfaits de participer à de pareilles agapes que sur ceux des organisateurs heureux de répandre un peu de bonheur autour d'eux."
La vie à Rimogne était très surveillée. Les rassemblements étaient interdits. Les jeunes voulaient s'amuser, c'est pourquoi ils allaient danser à la Rocaille, en plein dans les bois où les soldats ne pouvaient pas les voir. Le jeune M. Gillet y jouait de l'accordéon qu'il cachait sous la cape de son père qui était gendarme.
Le temps passant, les soldats de la Wehrmacht devenaient de plus en plus arrogants. "Nous n'avions que le droit de baisser les yeux" m'a raconté Mme Miotti. Un jour, un avion est tombé dans les bois du Tremblois, village proche de Rimogne. La libération arrive, nous sommes le 2 septembre 1944, bon nombre de gens de Rimogne montent à l'endroit de l'actuelle gendarmerie le long de la nationale pour voir passer les Américains. Dès lors se fut la liesse, les jeunes allaient danser aux Emaux Rifflart. Les bagarres n'étaient pas rares entre Rimognats et Américains, ces derniers voulant en effet garder la compagnie des jeunes Rimognates pour eux seuls. A côté de ces scènes de liesse, se produisirent des scènes de violences comme par exemple la tonte des femmes sur la grand place. Rimogne n'a en effet pas échappé à cette règle.
Lors de leur retour à Rimogne, les Rifflart n'ont pas pu réintégrer leur maison qui avait été pillée et sont donc partis habiter au 67 de l'Avenue Pasteur, dans la maison d'Auguste Rifflart, le fondateur des Emaux.
Pour les personnes parties en exode comme Gisèle Simonet dont vous pouvez voir la fiche de contrôle ci-contre, la mairie remplit des fiches pour le ravitaillement.
Pour connaître les personnes décédées lors de la Seconde Guerre Mondiale, cliquez sur le lien pour accéder à la page adéquate.