Comme dans tout travail, les Ardoisières de Rimogne n'ont pas dérogé à la règle de la grève. Les conditions de travail très dures, la misère et les accidents ont été le fil conducteur de ces mouvements sociaux qui ont commencé très tôt à Rimogne. L'ouvrage d'Henri Manceau intitulé Des luttes ardennaises est très précieux car y sont retracées ces grèves. Je m'appuierai donc en grande partie sur ce livre. Je tiens à remercier Mickaël Leclere qui m'a indiqué une revue contenant d'autres éléments (Terres Ardennais n°41) et également pour m'avoir confié quelques renseignement sur les grèves plus récentes.
La première grève est celle de 1825 probablement dûe aux salaires très bas et aux conditions de travail très dures. Il ne faut pas oublier qu'à l'époque, il n'y avait pas d'éclairage dans les fosses. Les ouvriers disposaient de quelques chandelles mais l'obscurité régnait.
1869 verra également une grève, encore une fois provoquée par la Compagnie qui baissa les salaires lors du rachat des compagnies concurrentes. Cette année là, 15000 ardoises sont brisées. Le préfet de l'époque, le Vicomte Tiburce Foy, se déplace à Rimogne pour parler aux ouvriers.
Une autre grève se déclenche en 1874 puis en 1878. La révolte gronde, les ardoisiers n'en peuvent plus. Cela augure de la grève de 3 mois de décembre 1887 mais surtout de la grande grève du 9 avril 1888 que Dominique Petit évoque dans son article. 340 ardoisiers sur 390 font grève. Les revendications sont les suivantes : 10% d'augmentation c'est à dire 4 francs pour les fendeurs et 5 pour les mineurs ainsi que la restitution des fonds de la caisse de retraite à la chambre syndicale. Tout le monde se mobilisa et Jean Baptiste Clément en personne vint à Rimogne soutenir la lutte le 20 avril. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'une rue du village porte son nom. Les manifestations commencent le 1er mai et le 15, la Compagnie annonce que les salaires ne seront pas relevés. Les femmes ont joué un grand rôle dans cette grève, en veillant que tous ne travaillent pas pour peser contre la maison Rousseau. Le 18, le préfet calme la situation et le travail reprend le 23. Dominique Petit explique que le drapeau noir de l'anarchie a flotté lors des manifestations. Les meneurs ne sont pas rembauchés et vont reprendre l'ardoisière de Risquetout.
"Ca sera les écaillons
Qui paieront l'déficicit
De la caisse aux patrons ?
Oui, et aussi l'violon ! Et ajoutons
Les acquisitions, les constructions les tréfonds,
Les trous à plombs, les ponts, les wagons,
Les étrennes au Tonton.
Tout d'bon ce seront les écaillons
Qui paieront pour les patrons." |
Rimogne ne sera pas sans connaître une autre grande grève, ce sera celle d'avril 1901. Elle durera elle aussi 3 mois. Henri Manceaux souligne la responsabilité de M. Giloteaux, alors Directeur des ardoisières. Ce dernier exploitait littéralement les ouvriers. La grève est organisée par Varède, 100 adhésions au syndicat dont réunies en une soirée. Le maire de Fumay, autre patrie de l'ardoise, Lambert Hamaide, est également présent.
Tout comme lors de la grève de 1887, les femmes ont joué un rôle important dans celle de 1901. En tête de cortège se trouvait Mme Posey dite "la vieille Thérèse" qui portait le drapeau rouge. C'est toujours elle qui guettait l'arrivée des remplaçants du curé Coulanges, muté injustement par l'influence de Giloteaux et qui allait prévenir les ouvriers dans les fosses.
"Et l'on a quarante ans
Cinquante ans, soixante ans
A l'Ardoisière...
L'on sent va tout tremblant
Le dos rond, les cheveux blancs
Vers le cimetière..." |
Lorsque la grève fut finie et que les ouvriers eurent gain de cause, "la vieille Thérèse" alla accompagnée d'un groupe d'hommes, de femmes et d'enfants jusqu'à Bourg-Fidèle pour remercier le patron de la fonderie Péchenard qui avait sauvé de nombreuses personnes en procurant du travail, permettant ainsi de continuer à manger. Cette grève a des conséquences importantes puisque les délégués qui avaient mené cette dernière sont renvoyés. On retrouvera ces derniers à Risquetout qu'ils ont réouverte.
Deux complaintes ont été écrites. La première est contre le système de crédit que la Compagnie a mis en place et qui est toujours au désavantage des ouvriers (ledit Bazar à Totor). La deuxième parle d'elle même.

Voici une photo d'un groupe d'ardoisiers de Rimogne que m'a communiqué M. Michel Pierron que je remercie infiniment. Cette photo a été prise autour de 1910. L'homme marqué d'une croix est Henri Pierret, grand-père de Michel Pierron.
La grève suivante aura lieu en mai 1931. Encore une fois les salaires sont au centre des revendications. Les circonstances économiques de 1929 ont en effet forcé la Compagnie a baissé les salaires en les alignant sur ceux de Fumay. Les ardoisiers n'obtiendront pas gain de cause.
Le 6 juillet 1936, une autre grève est proclamée, toujours pour les salaires. Un fendeur gagne alors 37 francs 28 par jour. Les salaires sont augmentés un tout petit peu pour calmer les ardoisiers. La grève aura duré un mois.
Du 21 au 24 mai et du 7 au 8 juin 1968, les ardoisiers se mettent en grève.
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