La Grande Fosse est l'une des plus anciennes fosses de Rimogne et l'on peut dire que c'est sur elle que sont centrés les grands progrès techniques et c'est elle qui est devenue la plus connue. Propriété des seigneurs de Rimogne et du Châtelet, elle est reprise en 1702 par Jean Baptiste Collard de Boutancourt. La fosse porte alors le nom de Grand Rimogne. La Grande Fosse prend alors de l'importance et Léon Voisin indique qu'en 1720-1725, elle est le seul point d'extraction de la région. L'exploitation de la Grande Fosse au 18e siècle est alors très bien connue puisqu'elle a servi d'exemple à l'Ingénieur Vialet pour l'Encyclopédie de Diderot. Je ne développerai pas ici cette exploitation, je dirai simplement qu'à l'époque, l'ardoisière emploie près de 100 ouvriers.
Mais c'est à la mort de Jean Baptiste Collard que la Grande Fosse connaitra ses premières grandes difficultés. Collard lègue en effet l'ardoisière à son neveu Antoine qui la cèdera à son fils Jean Charles Pierre de Boutancourt. Ce dernier pour augmenter le profit ira jusqu'à faire abattre les piliers de soutènement. La Grande Fosse est dans un piteux état. C'est avec Jean Louis Rousseau qui loue cette dernière le 28 juin 1779 qu'elle prendra son essort. C'est à lui que l'on doit l'installation de machines hydrauliques dont les tirants traversaient le village pour rejoindre le Trou qui toque. Le nombre d'ouvrier n'a alos pas changé, il est d'une centaine, mais les conditions de travail sont bien meilleures du fait que l'eau n'envahit plus les galeries comme cela était le cas lorsque Collart était le gérant de la Grande Fosse. 7 millions d'ardoises sont produits en moyenne par année.
Il ne faut pas oublier que la Grande Fosse n'est pas la seule ardoisière, la Hallevoye ou Fosse Huart ou encore Fosse Saint Quentin est sa concurrente directe. Du fait de cette concurrence, il y a plus de 5 millions d'ardoises non vendues en 1783 (L. Voisin). Les différentes ardoisières ont dû se mettre d'accord sur la politique à mettre en oeuvre, en l'occurence, le pourcentage de production accordé à chaque fosse. Les fosses rimognates ne sont pas les seules concernées. D'autres fosses du bassin ardoisier font aussi concurrence, notamment celle de Deville et de Monthermé. Après accord, la Grande Fosse obtient la production de 50% du marché, Saint Quentin elle, n'en aura que 25%.
Dès lors les Rousseau asseoit de plus en plus leur savoir faire. Jean Louis est suivi par son fils Jean Louis Joseph, instituant une dynastie qui règnera sur le village pendant plus d'un siècle. En 1817, les Rousseau rachètent les autres fosses. C'est le début de la Compagnie. Mais quelle place a la Grande Fosse dans cette nouvelle constellation ?
En 1826, un puits de 170 mètres est creusé aux abords de la Grande Fosse pour pouvoir remonter la pierre par barils et 4 ans plus tard, une machine à vapeur pour l'exhaure est installée. Un chevalet est installé au-dessus de ce puits (voir photos en bas de page). A la fin du 19ème, la Grande Fosse s'étant enfoncée très profond, on essaie peu à peu de privilégier d'autres fosses. Entre 1893 et 1895 on installe les premiers compresseurs.
En 1914, comme l'indique Léon Voisin, la Grande Fosse produit 926 tonnes d'ardoises. En 1923, on installe deux compresseurs d'air. Pendant l'entre deux guerres, on perce une deuxième galerie dans la Grande Fosse mais la guerre fait échouer tous les projets. En 1937, les chutes commencent, suivis par des éboulements massifs qui rendront impossibles la remontée de la pierre par le puits de Grande Fosse. La Grande Fosse ne verra plus remonter d'ardoise, elle ferme en 1948.
Si la Grande Fosse est liée à l'ardoise, c'est également en son sein que se trouvait la Centrale électrique chargée de distribuer l'électricité dans les différentes fosses. C'est en 1905 que le bâtiment l'abritant est construit. C'est également dans cette salle que se trouvait le gueulard charger d'avertir les ouvriers. De nos jours, c'est la Maison de l'Ardoise qui se trouve dans ses murs.
Voici enfin une photo panoramique de la salle du treuil qui pemettait de remonter les wagons d'ardoises. Les coups de cloches indiquaient ce qu'il fallait faire. La pancarte située sur le dessus vient d'une manifestation ouvrière et n'est pas d'origine. A noter également que la Cheminée de la Grande Fosse a été raccourcie du fait qu'elle penchait et devenait dangereuse.