Au siècle dur de l'atome et de la technique, il peut paraître puéril de publier des légendes. Pourtant, nous pensons que celles qui ont été transmises à notre correspondant, René Petit, intéresseront vivement bon nombre d'habitants de la cité de l'ardoise et des autres. Outre le plaisir que leur procurera la lecture des légendes, celles-ci leur rappelleront des faits historiques et géographiques se rapportant à la localité. Pour les anciens du pays, cette lecture leur sera une occasion d'évoquer des souvenirs, de rêver...d'oublier le présent. Et leur pensée rejoindra ainsi celle de l'auteur des légendes, Abel Valle, un ancien aussi qui n'oublie ni le passé, ni son pays natal. Non loin de Rimogne, en pleine campagne, où se rejoignent les chemins montant du pont de Bogny et la maisonnette de Sormonne, vous pourrez trouver un endroit tourmenté et même un petit étang.
C'est la Vieille Briqueterie.
Jadis, il y a des siècles un adroit briqueteux y faisait vivre ses trois enfants aussi beaux que des anges et sa femme connue et respectée sous le joli non de Potentille et si belle qu'elle suscitait bien des convoitises.
L'un des soupirants de la belle, un vague hobereau de d'sus les côtes, vrai fripon cotillonneur et mi-brigand en mourait d'envie.
Un beau jour ont trouva la briqueterie dévastée, le briqueteux tué et les trois enfants égorgés dans leur lit.
Par ces temps troublés le crime passa comme un fait divers. Mais Potentille avait pu s'enfuir et gagner la forêt.
Elle s'était mise alors sous la protection du seigneur de Montcornet qui avait aussi castel en Harcy et l'installe dans son rendez-vous de pêche, à l'orée du bois près de l'étang d'Oby non loin de la gare actuelle de Rimogne.
Elle rassembla près d'elle certaines compagnes que l'infortune ou le destin ne faisaient vivre en puissance de mari.
Elles vécurent là de l'étang et de la forêt; et leurs coiffes blanches émergeaient souvent du taillis où la cueillette des simples avait permis de fabriquer onguents et élyxiers et vannerie réputés facile à échanger contre bonne farine et topinambours chez les gens de la plaine. La Dame sortait peu, elle visitait parfois sa voisine du Montlieu mais on pouvait souvent par les nuits enlunées, par la Rocaille et la Poule Noire, la rencontrer, flanquée de ses deux chiens, se dirigeant vers la Vieille Briqueterie.
Et là, devant une stèle de pierre représentant ses trois fils elle venait clamer ses pleurs et ses imprécations que le vent du nord portait par dessus la vallée jusque sous les murs de l'ancien repaire du criminel qu'une mort violente avait justement châtié.
On dit que, bien des siècles plus tard, un sieur Pierquet vint "rouvrir" la briqueterie et mit à nu la stèle aux trois enfants.
Vers 1900 vous pouviez encore la voir debout au coin sud-ouest de la maison occupée par M. Th. Pierquet, route de la Gare.
A d'Oby plus rien si ce n'est au mois de mai, les nombreuses clochettes de muguet rappelant les coiffes des compagnes de la Dame... Et si vous faites herbier, tâchez donc d'y trouver vers la queue de l'étang cette rosacée qu'un bon vieux professeur me disait ne trouver qu'en Ardennes qu'à d'Oby et dans la "Fagne" et qu'on appelle "Potentille" à feuilles de fraisier.
Et si vous aviez été, vers 1935 visionnaire de la Vierge de Risquetout, vous auriez peut-être reconnu, dans sa longue robe et ses longs voiles, couleur de brique, la jolie briqueteuse Potentille, la Dame de d'Oby, revenue pleurer sur les lieux de son éternelle douleur...