Victor
Jean Baptiste Jules Desplous est né le 26 septembre 1852
à Liart. Son père Jean Desplous est
médecin de profession. En 1849, il avait
déjà eu une fille, qu'il avait
prénommée Stéphanie Clara. A la
consonance du patronyme Desplous, on peut deviner que cette famille
n'est pas une famille ardennaise. Ces derniers viennent en effet d'un
petit village des Hautes-Pyrénées : Vidouze.
Située à une quarantaine de kilomètres
de Pau et de Tarbes, cette bourgade est le berceau de cette famille. Si
on remonte les générations, on constate que les
grands-parents du petit Jules Desplous y étaient
agriculteurs. Et si on remonte encore d'une
génération, on voit que Dominique Desplous,
l'arrière-grand-père de Jules Desplous, y
était lui-même né en 1741 et y
était décédé en 1826.
Dominique Desplous a eu une famille nombreuse de onze enfants.
Après
avoir fréquenté le Collège de
Charleville, Jules Desplous part pour la capitale pour y entreprendre
ses études de médecine. Il reçoit
d'ailleurs la médaille de l'Assistance Publique. Le 31
décembre 1879, il soutient sa thèse. La bouche et
la tuberculose en sont les sujets. Il est couronné de
succès puisqu'il est reçu médecin
l'année suivante, à l'âge de 29 ans.
C'est d'ailleurs à cette époque que le destin du
Docteur Desplous, le destin de Rimogne et le destin du
département se croiseront. Il était en effet venu
s'installer à Rimogne et le 20 mai 1880, il y
épouse Jeanne Louise Thérèse Avril
née à Mézières le 19 mars
1850. A son mariage, de nombreuses personnalités locales
sont présentes comme par exemple Auguste
Jules de Monchy ou Achille
Armand Moreaux (le régisseur des
Ardoisières). Jules Desplous exerce alors son
métier dans la cité rimognate, tant
auprès des ardoisiers (il était le
médecin de la société
ardoisière), qu'auprès du reste de la population.
Il sait très vite se faire aimer de la population qui voit
en lui un grand médecin et un grand ami. Le docteur et sa
femme ont une fille le 27 mars 1889 qu'ils
prénomment Andrée Eléonore
Louise Henriette.
A partir de cette époque de
sa vie, le Docteur Desplous commence à entrer dans la vie
politique. Il entre tout d'abord au Conseil d'Administration
des Ardoisières où il défend bec et
ongles les intérêts des ouvriers. Le 28 juillet
1889, M. Desplous est élu membre du Conseil d'Arrondissement
pour représenter le canton de Rocroi. Désormais,
sa carrière politique ne cessera de s'accroître.
Il est en effet élu Conseiller Général
le 11 juillet 1893. Attaché à défendre
les intérêts du canton, Jules Desplous donne
beaucoup de son temps pour la ville de Rocroi. Il essaie tout
d'abord de faire revenir l'Armée à
Rocroi. En effet quatre ans auparavant, Rocroi a
été déclassé et n'est plus
alors qu'une ville de garnison. Malheureusement, son combat reste vain.
Ayant à cœur d'aider les pauvres gens, le Docteur
en tant que Conseiller Général essaie de
réorganiser l'assistance publique, qui il faut le dire, est
alors quasi inexistante dans les Ardennes. L'un des autres projets du
Docteur est le prolongement de la ligne de chemin de fer de Rocroi vers
Brûly-de-Couvin. Grâce à lui,
Gué d'Hossus a été
désormais relié à la voie de chemin de
fer. Ce dernier projet est mené en 1904, l'année
du mariage de sa fille Andrée avec Lucien Burnod le 15
août.
Entre temps, Jules Desplous s'est
présenté aux élections municipales
à Rimogne. Ayant fait beaucoup pour la commune et le canton,
il est élu. C'était le 16 janvier 1899. Il
mène son premier mandat jusqu'au 7 novembre 1905.
Un des membres de son conseil municipal est Albert
Demoulin. Son successeur, Louis Lens est l'une des personnes
les plus importantes de Rimogne puisqu'il est le directeur de l'usine
des Emaux où travaillaient nombre de Rimognats. M. Lens fait
un très court mandat et c'est M. Desplous qui est
réélu maire le 6 août 1908 et ceci
jusqu'au 14 mai 1912.

Lorsque
le premier conflit mondial éclate, le Dr Desplous
préfère rester dans la cité pour aider
ses concitoyens. Malgré la présence de l'ennemi,
il ne cesse de défendre les intérêts
des Rimognats, et notamment en ce qui concerne les
réquisitions qui affaiblissent les villageois.
Dévoué corps et âme à sa
commune, le docteur se prive jusqu'à en tomber malade. Il
s'éteint le 30 avril 1919 à Paris des suites de
ces privations.
Sur un document officiel, on peut d'ailleurs lire
qu'il est décédé "des suites de ses
fatigues du dur régime qu'il dut subir pendant 50 mois". Son
corps fut enterré dans le cimetière de sa commune
de cœur : Rimogne. Sa tombe est composée d'une
tête en pierre et d'une plaque de marbre blanc sur laquelle
on peut lire les différents postes qu'il a
occupés ainsi que les distinctions qu'il a
reçues. A titre posthume, on lui a attribué la
Légion d'honneur le 10 mai 1921. Son gendre Lucien
Burnod-Desplous reçoit la décoration de son
beau-père à Paris le 18 juin de la même
année.

Pour
honorer sa mémoire après la guerre, le conseil
municipal s'est proposé de faire poser une plaque
à son nom dans la salle du conseil municipal de la mairie ce
qui est entériné par le conseil le 2 juin 1922.
Aujourd'hui, on peut toujours voir cette plaque trôner dans
la mairie. Rimogne a voulu honorer encore une fois sa
mémoire. En effet, l'école primaire n'avait pas
de nom. Et donc quand on a décidé de lui en
donner un, le conseil municipal, sous l'impulsion du maire de
l'époque M. Beaufils, a décidé de lui
donner le nom du docteur. Dés lors les jeunes Rimognats ont
commencé à écouter leurs instituteurs
dans les classes de l'école
primaire Jules Desplous.
Cela fait 85 ans que le Docteur Desplous est
décédé mais son souvenir est
resté dans les mémoires des Rimognats. On peut
déplorer cependant qu'aucune rue de la cité ne
porte le nom de ce grand homme ! J'ai pu réaliser cet
article grâce à un envoi de Denise Desplous que je
remercie, dans lequel était retranscrit un article de la
Revue du Plateau de Rocroi du 30 août 1925. Le portrait de
Mme Desplous réalisé par Eugène Damas
en 1882 m'a été confié par
Andrée Trégan.