Voici un article de journal tiré du "Petit Ardennais" du vendredi 15 et samedi 16 août 1902 relatant le décès de Léon Varloteaux à la Grand Fosse. Cet article m'a été confié par M. Jean Coquille que je remercie.
TERRIBLE ACCIDENT à Rimogne
A peine le public était-il remis de la pénible émotion causée par la catastrophe de Signy-le-Petit, qu'un nouvel accident, qui entraîna la mort d'un ardoisier dans la force de l'âge, vient encore de plonger dans le deuil une honorable famille de Rimogne.
L'accident - Le récit des témoins
Nous apprimes à midi la sinistre nouvelle. On parlait de plusieurs blessés ; fort heureusement les conséquendes furent moins graves. Nous nous rendîmes ausitôt à Rimogne, pour nous livrer sur place à une première enquête. Disons tout d'abord que la catastrophe est purement accidentelle. Voici en effet le récit fait pas les témoins de ce drame du travail.
Dans l'ardoisière de la Cie anonyme dite la Grande-Fosse, à l'ouvrage Magenta, Varlotteaux Léon, Paruitte Théodore, Lefèvre Joseph et Brochard Amédée travaillaient. Il était dix heures trois quarts environ. Ces quatre ardoisiers terminaient leur frugal déjeuner. Varlotteaux s'adressant à Brochard qui d'ordinaire chargeait la mine, lui dit : "Eh ! quoi, tu n'as pas encore fini ; j'y vais moi !" Brochard lui répondit : "Attends que j'ai fini." Mais déjà Varlotteaux s'était approché du trou de mine et se préparait à charger celle-ci, lorsqu'un glissement sinistre se fit - ce que certains mineurs appellent la mort silencieuse. Un éboulement se produisit.
Un bloc pesant environ 5.000 kilos s'était détaché de la voute d'une hauteur de 2 m. 50, écrasant totalement le malheureux Varlotteaux.
Paruitte s'approcha le premier, suivi de Lefèvre et de Brochard. Des éclats d'ardoise le blessèrent au côté droit et à la jambe droite. Ces blessures, nous affirme-t-on, sont sans gravité et un repos de quelques jours suffira au rétablissement du blessé. Les trois ardoisiers ayant prévenu aussitôt les autres camarades de chantiers s'empressèrent de dégager le corps du malheureux Varlotteaux.
Le cadavre
Cette besogne macabre ne se fit pas dans difficultés. En effet, le haut du corps de la victime de cet accident ne présentait qu'un amas informe. La tête était broyée en plus de cent morceaux, la cervelle gisait en lambeaux, les bras étaient démis, la poitrine enfoncée et en miettes, dit un témoin ; le ventre était ouvert et les intestins sortaient ; enfin des jambes étaient cassées.
La remonte - Dans l'atelier des charpentes
Ces débris furent placés dans un baril et remontés au jour. On les plaça tout d'abord sur un brancard qu'on recouvrit d'un drap de lit en attendant que les menuisiers de l'ardoisière eussent confectionné à la hâte un cercueil et que M. le docteur Desplous eut pu rassembler à peu près les membres du pauvre Varlotteaux.
La famille
La jeune veuve à laquelle avec beaucoup de ménagements on avait appris la fatale nouvelle, est depuis onze heures dans un état inquiétant. Les crises de nerfs se succèdent et dans l'après-midi le docteur Desplous a dû lui prodiguer des soins. La victime laisse un tout jeune orphelin. Il y a un mois - le 16 juillet - un de ses oncles, Varlotteaux Armand fut blessé dans cette même fosse. Il eut le bras droit fracturé. Cet accident qui prive de son principal soutien une famille d'ouvriers, qui brutalement sépare une épouse de son mari et un enfant de son père avait produit dans Rimogne une pénible impression.
Charles PUEL |